Union Régionale des Professionnels de Santé Orthoptistes

APPRENTISSAGE DE LA VISION ET APPRENTISSAGE DE LA LECTURE… CES DEUX ACQUIS FONDAMENTAUX SE SUCCÈDENT NATURELLEMENT DANS LA VIE DE L’ENFANT.

La vision du jeune enfant se construit, se perfectionne, de la naissance à 4 ans, âge auquel se confirme son intérêt pour l’écrit. De longues années vont alors s’écouler pour que, vers 10 ans, il réclame « un vrai livre ». Or les spécialistes constatent une corrélation entre la qualité de la lecture et celle de la vision.

Que se passe-t-il aux différentes étapes de l’élaboration de celle-ci? Que doit observer l’entourage pour vérifier l’intégrité de la vision d’un enfant! Comment lui garantir de bien voir pour bien lire? C’est à ces questions — et à bien d’autres — que répond le document réalisé par l’Association Nationale pour l’Amélioration de la Vue (ASNAV) dont voici le contenu.

6 ANS POUR BIEN LIRE

Les quatre premières années de la vie sont indispensables à la maturation du système oculaire de l’enfant. À partir de là, six nouvelles années vont encore lui être nécessaires pour bien posséder la lecture, cet élément essentiel à une bonne réussite scolaire, à l’accession au savoir et à une certaine forme de plaisir.

La lecture est une matière infiniment vivante. Elle s’aménage, se perfectionne tout au long de la vie. Y compris à l’âge adulte.

REGARD ET LECTURE : DES MÉCANISMES COMPLEXES
Pour un « grand », lire semble simple, naturel, à partir du moment où il a appris. Or cette action fait appel à des mécanismes incroyablement délicats et compliqués. Savoir lire ce n’est pas seulement identifier des lettres. C’est aussi sans cesse faire appel à notre connaissance de la langue.

C’est une acquisition très complexe, quelle que soit la méthode utilisée, au sein de laquelle la vue occupe une place de premier plan. Tout comme la perception visuelle et le pouvoir qu’ont les yeux de se mouvoir.

Si vous êtes adulte, il vous a fallu 15 à 20 secondes pour lire les lignes qui précèdent. Votre regard a sauté 20 à 100 fois en divers points de ce texte, car l’oeil enjambe environ 7 lettres à chaque saccade, ce qui fait à peu près un arrêt par mot. Chaque fois, votre vue — c’est-à-dire vos yeux — a créé sur votre rétine une image inversée du mot regardé. Cette image a instantanément été transmise à votre cerveau qui l’a reconnue. Ce cheminement inconscient, c’est la vue. Votre regard va ainsi se déplacer vers un autre point de fixation, un nouveau mot qui, à son tour, sera vu puis reconnu… La lecture fait ainsi inlassablement appel à la vue, à la vision, au regard. Trois fonctions simultanées.

La vue transporte les images du monde extérieur jusqu’au cerveau. Ce dernier les analyse et les reconnaît : c’est le stade de la vision. Ensuite, les yeux se déplacent pour observer un nouveau point : c’est le regard. En clair, l’action de regarder.

La vue est notre sens le plus précieux. 80 % des informations en provenance du monde extérieur nous parviennent par les yeux. Visage, paysage, illustration, mot, lettre… l’image de ce que l’on regarde se forme sur la rétine. Elle doit être en tous points fidèle à la réalité. Pour cela, les yeux se règlent spontanément en fonction de la luminosité et de la distance. Quand on lit, on tient — le plus souvent — le document à une distance de 20 à 50 cm, en moyenne à 40 cm. Un enfant a alors besoin d’une acuité visuelle de 10/10ème pour distinguer des détails de 0,5 mm de hauteur.

Si sa vision est « plus basse », il a du mal à percevoir les points sur les « i » et risque de confondre un « t » et un « r ». Une acuité de 10/10ème lui est a fortiori nécessaire pour lire, sur le tableau noir, des lettres de 7,3 mm de hauteur. Notamment s’il est assis au fond de la classe, environ à cinq mètres du tableau.

LORSQU’UN MOT EST VU, IL N’EST PAS ENCORE LU
La vision, c’est aussi la perception visuelle. Lorsqu’un mot est vu, il n’est pas encore lu, c’est-à-dire reconnu par le cerveau. Le savoir intervient à chaque phase, le cerveau puisant en continu dans cette grande encyclopédie qu’est la mémoire pour reconnaître ce qu’il a vu. Face à une page imprimée, la perception visuelle fonctionne à plusieurs niveaux successifs : vision globale et « confuse » de la plage, vision plus organisée — ligne par ligne ou paragraphe par paragraphe — et vision plus précise portant sur quelques lettres ou sur un mot.

Le regard — l’action de regarder —, quant à lui se confond avec le mouvement des yeux. Quand on lit, les yeux bougent continuellement. Ils se fixent pendant environ 1/4 de seconde sur un point puis se déplacent vers un autre, le temps d’une saccade en 20 à 30 millièmes de seconde. Tout se passe selon un rythme modulé par la reconnaissance des mots et le traitement des phrases lues. Le regard passe ainsi automatiquement de mot en mot à un rythme irrégulier qui s’interromprait sur un terme inconnu.

L’enfant qui apprend à lire connaît encore peu de lettres, de mots, de chiffres. Inconsciemment, ses yeux semblent à la recherche constante de ceux qui lui sont familiers. Difficulté supplémentaire : à cet âge, des lettres connues peuvent être confondues avec d’autres. Exemple : le « m » et le « n », le « t » et le « r », le « u » et le « v », le « h » et le « b »… Et la difficulté s’accroît quand l’enfant doit reconnaître des mots très proches : « mon » et « nom », « huche » et « bûche », « toux » et « roux »… Par chance, ce risque de confusion est souvent rétabli par le savoir du petit enfant dans la mesure où il comprend le sens du texte. Une phrase telle que « papa et maman se promènent avec moi » ne lui laisse, en principe, pas de doute entre « moi » et « mai ».

Le processus de l’apprentissage de la lecture est complexe et délicat. Tout particulièrement à l’âge tendre, au moment des premières conquêtes de ce qui deviendra un mécanisme. C’est un moment fragile que le moindre grain de sable — notamment une vision imparfaite — peut suffire à perturber.

L’effort est intense. Il le sera davantage encore si l’enfant voit mal. Confronté à trop de difficultés, il risque de relâcher son attention, voire d’abandonner sa tentative d’apprentissage de la lecture, aussi motivé soit-il par cette nouvelle acquisition.

LECTURE ET VISION : UN LIEN ÉTROIT
Constat accablant en provenance du ministère de l’Éducation : un enfant sur cinq éprouve des difficultés à lire dès le cours élémentaire 2e année et, en classe de 6e, deux élèves sur trois lisent mal.

Accusées no 1 : les méthodes d’enseignement. Selon les spécialistes, toute la pédagogie de la lecture serait à revoir. Dans ce débat, on oublie de prendre en compte les qualités de la fonction visuelle de chaque enfant.

Ce chaînon manquant a inspiré à l’ASNAV (Association pour l’Amélioration de la Vue) une importante étude expérimentale portant sur la relation entre le bon apprentissage de la lecture et une vision de qualité. Ce travail n’est pas terminé, mais il est déjà riche d’enseignement pour tous les adultes. L’hypothèse évoquée par l’ASNAV et les spécialistes de la vision se confirme : un enfant qui lit mal a souvent des problèmes de vision. Et, plus, il les « collectionne » — par exemple, myopie/astigmatisme ou hypermétropie/astigmatisme — et plus il a de difficultés à lire.

LES SIGNAUX D’APPEL
Initiation à l’écriture (l’enfant joue à tracer des boucles, des ponts, des bâtons, son nom), à la lecture (il apprend à lire son nom, à reconnaître certaines lettres…), c’est à la maternelle ou à l’entrée au cours primaire que se révèlent certains défauts visuels inaperçus dans la prime enfance.

Les enseignants ont un rôle capital d’observation à jouer, mais il appartient aussi aux parents d’être attentifs à certains signes:

  • clignements d’yeux très fréquents,
  • froncements des sourcils,
  • yeux rouges qui pleurent ou qui « piquent »,
  • fatigue ou maux de tête au retour de l’école,
  • douleurs dans la nuque,
  • l’enfant dessine, écrit ou lit le nez collé à son cahier, à son livre,
  • quand il lit, il lui arrive de perdre sa ligne, de relire deux fois la même ligne ou le même mot,
  • il confond certaines lettres,
  • il n’aime pas lire ou ne lit pas longtemps,
  • à la fin du cours primaire, il ne retient pas ce qu’il lit,
  • il lui arrive de loucher,
  • il est exagérément sensible aux fortes luminosités…

Si l’enfant présente l’une de ces particularités, il s’agit (peut-être) d’un défaut mineur, d’une gêne qui n’est pas obligatoirement liée à un défaut visuel. Les parents doivent prendre l’avis d’un spécialiste par sécurité.

LIRE : UN PLAISIR À LUI FAIRE DÉCOUVRIR
Tout comme les jouets, les livres appartiennent de plus en plus tôt à l’univers de l’enfant. Livres en tissu ou en carton « indéchirable», livres qu’on manipule ou qu’on mâchonne à l’âge des premières dents… les bébés adorent ces objets peuplés d’ours, de lapins, de poules ou de crocodiles. Vient, ensuite, le temps des histoires. La lecture est l’occasion d’un moment privilégié entre l’enfant et l’adulte, à la condition de choisir l’instant propice. L’enfant est très tôt sensible aux couleurs, à l’expression des personnages et même à la typographie. Il sait quand le singe a fait une bêtise, quand la maman ourse est fâchée ou le poussin triste. Il sent par la différence de grosseur des lettres quand il se passe quelque chose dans le récit. Et, à terme, la lecture de l’image favorise celle de l’écrit.

  • Vers 18 mois, un enfant s’intéresse aux imagiers, ces livres où un mot est associé à une illustration. On peut déjà l’inscrire dans une bibliothèque spécialisée, lui enseigner le goût, la manipulation et le respect des vrais livres, le plaisir des belles illustrations. L’attirance que l’on ressent soi-même pour les livres le motive.
  • Vers 2 ans et demi, l’enfant est capable de reconnaître son prénom écrit en lettres bâton. Il commence à pouvoir associer un animal, un arbre, une fleur, un jouet… avec un mot. Il va bientôt aimer déchiffrer, « lire » les emballages des produits familiers farine, chocolat…
  • Vers 3, 4 ans, il joue à recopier : maman, papa, chat, chien… Inconsciemment, il comprend que la lecture passe par l’écriture et réciproquement. Dès lors, il ne s’agit pas de jouer le rôle de la maîtresse de maternelle et de « refaire la classe » le soir, mais simplement d’être à l’écoute des centres d’intérêt de son enfant.
  • Vers 4, 5 ans, il aime les recueils de comptines où il peut retrouver des mots appris par cœur. S’il a une passion pour les baleines, les voitures ou les dinosaures, c’est le moment de lui offrir sa première encyclopédie : l’ouvrage idéal pour lui en apprendre davantage sans trop enseigner, sans trop l’ennuyer, tout en lui donnant le goût d’apprendre à lire.

C’est ainsi que l’on favorise le penchant d’un petit enfant pour la lecture : à partir de journaux spécialisés ou non, de jeux de société dont il faut lire les consignes, voire de recettes de cuisine simplifiées. Lire avec un enfant, dans la vie de tous les jours, c’est lui apprendre à observer, à développer son vocabulaire, à enrichir ses connaissances.

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